La stratégie du choc
La stratégie du choc
la montée d'un capitalisme du désastre



Un livre extrêmement intéressant, très documenté avec beaucoup de références, et une vision systémique du capitalisme néo-libéral vu comme le capitalisme du désastre qui avance à la faveur de chocs, c'est un bouquin à lire ABSOLUMENT.

Les travaux de recherche psychiatrique d'Ewen Cameron et les expériences MK-Ultra de la CIA visaient à "faire une page blanche d'un cerveau humain", pour y inscrire de nouveaux comportements plus souhaitables. Effacer la mémoire et la personnalité, à grands coups d'électrochocs, de drogues hallucinogènes, de succession de périodes de privation de stimuli et de sur-excitation des sens, et d'autres techniques de désorientation totale du sujet. Bien sûr, cela na jamais marché, et cela a seulement produit des individus brisés et hagards.

Par contre, en ramenant ainsi un patient à un état végétatif et enfantin, on pouvait lui faire faire et accepter n'importe quoi.

Cette stratégie du choc, qui laisse la victime hébétée et incapable de se défendre, est la mécanique utilisée par Milton Friedman et l'école de Chicago pour imposer sa doctrine ultra-libérale aux pays récalcitrants.

La doctrine de Friedman : un marché totalement libre, sans aucune règle, mû seulement par l'intérêt privé, abouti à un système idéal de plein emploi, services de qualité, et richesse pour tous. Quand une économie va mal, c'est qu'il y a des entraves à l'intérêt privé, et donc la mécanique économique ne fonctionne pas comme elle devrait.

Dans chaque pays où ils allaient, les "Chicago boys" préconisaient les mêmes 3 règles : réduire drastiquement les dépenses d'Etat, privatiser un maximum d'entreprises publiques et de services publics, et déréglementer et déréguler au maximum les prix et l'économie.

La transition était difficile disaient-ils, 1 ou 2 ans d'inflation et de chômage, mais après, le paradis libéral assuré, ce qui bien sûr ne se produisait jamais même 15 ans après.

A chaque fois pour faire appliquer cette politique de bandit, en Bolivie, au Chili, à Cuba, en Bosnie, dans la Russie d'Eltsine, la même technique : au niveau politique, tuer les opposants, infiltrer le gouvernement et faire du chantage à l'aide du FMI et de la Banque Mondiale en menaçant de couper les vivres au pays. Au niveau social, faire des rafles parmi les leaders syndicaux, torturer, tuer arbitrairement le plus de gens possible pour semer la terreur dans la population, afin de pouvoir appliquer la politique néo-libérale sans qu'il n'y ait de coup d'Etat.

Ces pays victimes de la doctrine de Friedman sont traités comme les patients de Cameron : on tente de tout effacer, de faire une page blanche en détruisant au maximum toute institution et toute relique de "l'ancien Etat" pour reconstruire un système néo-libéral à partir de zéro. L'Irak en est l'exemple ultime, ce pays étant soumis à une torture de masse pour permettre le dépeçage jusqu'à l'os de l'Etat irakien par les transnationales comme Halliburton, Lockheed, CH2M Hill, compagnies qui sont tellement infiltrées dans le gouvernement irakien qu'elles se servent directement dans ses caisses, ce dernier étant seulement une coquille vide qui entérine ce pillage honteux.

Le capitalisme du désastre nous emmène vers un monde corporatiste, divisé en deux : d'un côté les Zones Vertes hyper-protégées, sur-équipées et super-riches, construites, alimentées et défendues par les transationales de l'industrie de la sécurité, et de l'autre le reste du monde, l'immense Zone Rouge où se développent sans fin les conflits, la misère, la faim et les maladies qui entretiennent la richesse des occupants des Zones Vertes.

Lockheed, fabricant d'armes majeur, étend son activité verticalement, en achetant des entreprises du bâtiment, de reconstruction, et même des services hospitaliers et de soins, pour profiter financièrement au maximum de toutes les phases d'une guerre. Depuis le 11 septembre 2001, l'industrie de la surveillance et du "contre-terrorisme" a explosé, et maintenant quand il y a un gros attentat comme à Madrid ou à Londres ou un conflit comme le Liban en 2006, les bourses du monde sont à la hausse, alors qu'habituellement de tels événements les faisaient chuter... On est passé d'une logique de "la paix permet la croissance de l'économie en faisant des échanges" à "la guerre fait tourner l'économie en créant un marché".

C'est un gros bouquin, mais il se lit facilement et il est très important pour se rendre compte à quel point le Nouvel Ordre Mondial est avancé. Même si Naomi Klein ne soutient pas la thèse de l'inside job pour le 9/11, elle montre à quel point cet événement a été décisif pour créer la bulle "surveillance et anti-terrorisme". De même son exposé sur l'exploitation honteuse du tsunami de 2004 ne met pas en cause HAARP, mais elle montre à quel point ce cataclysme était attendu de longue date par les promoteurs et les industriels du tourisme capitaliste blanc.

Bref, impossible de résumer ce bouquin formidable, c'est un monument, qui montre que l'accaparement des ressources au profit de quelques-uns, l'automatisation de l'économie et l'extorsion du labeur humain sont de plus en plus avancés, comme cela est cyniquement préconisé dans le texte "Armes silencieuses pour guerres tranquilles" ("Silent weapons for quiet wars").



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